Albert Uderzo : «Ma fille est aveuglée»
Alors que la zizanie règne dans la famille Uderzo à propos de la vente des Éditions Albert René à Hachette, Albert Uderzo rompt enfin son silence à propos de l'affaire qui l'oppose à sa fille et à son gendre, Bernard Boyer de Choisy. Derrière ce drame familial, où le gendre d'Albert Uderzo a son rôle à jouer, se noue l'avenir du petit Gaulois. Entretien.
Qu'est-ce qui vous a poussé à sortir de votre mutisme ?
Je n'en pouvais plus de découvrir dans la presse des articles univoques sur cette affaire. La tribune de ma fille Sylvie parue dans le journal Le Monde m'a particulièrement atteint. Ces moments ont été pénibles. J'ai passé des nuits blanches. C'était épouvantable même… Mais le 5 février prochain, nous avons rendez-vous au tribunal de commerce de Nanterre. Nous avons lancé une action en justice à l'encontre de mon gendre, Bernard Boyer de Choisy. Nous allons enfin pouvoir mettre les choses au point.
C'est-à-dire ?
Il y a un bout de temps que je suis au courant des activités de mon gendre. Je l'appelle Iznogoud… Ou le «Gourou de la porte de Choisy» ! J'ai patienté durant des années. Mais comme les choses se sont envenimées avec ce monsieur, j'ai décidé de parler. Ce que je trouve désolant, c'est que ma fille ne comprend rien. Elle suit les desiderata de son mari sans rien dire. Elle est aveuglée.
Qu'avez-vous au juste à lui reprocher ?
Je suis par exemple très attaché à mes dessins. Et aux planches originales d'Astérix que j'ai dessinées depuis 1959. Pour le mariage de ma fille Sylvie, j'avais offert la couverture de La Rose et le Glaive. Eh bien, j'ai eu la mauvaise surprise de la découvrir, en 1995, sur le catalogue d'une vente aux enchères chez Tajan. Elle s'est vendue à 60 000 euros. J'ai laissé faire. À propos de mes planches originales, il y a trois ans, j'ai prêté une planche originale de Oumpah-Pah le Peau-Rouge à l'occasion de l'exposition de la Fondation Raymond Leblanc à Bruxelles. Quand j'ai téléphoné pour la récupérer à la fin de l'événement, on m'a répondu : «Nous l'avons donnée à M. Bernard Boyer de Choisy.» Depuis, je ne l'ai toujours pas récupérée. Bien sûr, il y a plus grave. Mais tout ça va se passer en justice maintenant.
Quand avez-vous senti que les choses allaient trop loin ?
Comprenez-vous la réaction de Sylvie Uderzo, votre fille ?
Est-ce que Sylvie et vous, vous vous parlez encore ?
Est-ce pour ça que vous avez vendu Albert René au groupe Hachette, et changé d'avis en acceptant qu'Astérix vous survive ?
Les réponses dans
Le Figaro.fr
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Mis en cause, le gendre d'Albert Uderzo plaide sa bonne foi et estime que son beau-père est manipulé.
Vous êtes mis en cause par Albert Uderzo. Une réaction ?
Le premier schisme familial remonte à 1997. Il est dû à Me Yves Sicard, qui profite du procès d’Albert Uderzo contre Dargaud pour m’écarter. À l’époque, je m’occupe de la communication d’Albert René. J’ai lancé la campagne de La Rose et le Glaive, puis La Galère d’Obélix, sorti en 1996. Je suis marié à Sylvie depuis juin 1995. Cela ne me plaît pas, mais j’accepte de partir. En 1998, Albert, qui a gagné son procès, revient me demander d’orchestrer les 40 ans d’Astérix. J’accepte pour Sylvie, et pour moi, car je crois qu’il faut que ça s’arrange entre nous tous.
Il vous reproche d'avoir mis aux enchères la couverture de l'album La Rose et le Glaive…
Ce n’est pas Albert qui parle. C’est Sicard qui lui dicte ce qu’il doit dire à travers ces accusations. L’histoire de la mise en vente de cette couverture originale est simple. C’était en janvier 1997. Je venais d’être écarté par Albert de la société Albert René. J’étais furieux. Tous les matins, je voyais cette couverture trôner en face de mon bureau. Alors j’ai appelé un ami commissaire-priseur et je lui ai dit : « Si tu trouves preneur, je la vends. » Aujourd’hui encore, j’assume.
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Estimez-vous qu'Albert Uderzo écoute un peu trop les avis d'Yves Sicard ?
Albert est quelqu’un qui vit dans une bulle. Et Sicard est entré dans cette bulle, je n’ai toujours pas compris comment. En 2005 pourtant, au moment de la signature du contrat du troisième film Astérix et Obélix au Jeux olympiques, j’ai réussi à renverser la vapeur. Yves Sicard est parti. On a sabré le champagne. Et puis, Sicard est revenu en septembre en tant que conseiller personnel d’Albert Uderzo. Albert, lui, avance ou recule au gré des avis de ses conseillers. Moi, je serais en taule aujourd’hui si je n’étais pas nickel de chez nickel. Mais Sicard veut la victoire totale. Il veut pourrir la relation familiale que nous avions, en créant une fondation et en récupérant les 1 300 planches originales d’Albert Uderzo. En réalité, Sicard manipule tout. C’est mon ennemi personnel. Sylvie est désespérée parce qu’elle aime son père. Quant à moi, je veux juste que Sylvie soit respectée et qu’on respecte son patrimoine.
L'article intégral dans
Le Figaro.fr